L'aventure à marche forcée

Un peu de chance, un soupçon d'inconscience et beaucoup de motivation ont porté le Mas Coris sur les fonts baptismaux. En quelques mois à peine…

 veronique attard

Si le Mas Coris a officiellement vu le jour le 1 er octobre 2009, le projet de création de ce domaine a vraiment germé cinq mois auparavant. C'était le jour de l'Ascension, lors de l'inauguration, conviviale et informelle, du splendide Mas des Quernes de Jean Natoli et Peter Riegel, à Saint-Jean-de-Fos (Hérault). C'est là, entre une parcelle de carignan et une jolie bordure d'oliviers, sur les Terrasses du Larzac, que l'aventure a commencé. Une aventure pour Jean et Véro, une épreuve pour Jean Natoli, contraint de répondre, dans la minute (!), aux mille questions dont nous l'avons assailli pendant la visite de ses terres. Une seule résume parfaitement leur état d'esprit ce jour de mai : "Et pourquoi pas nous ?"

Patient, pédagogue, leur ami de très longue date répondit, sans rien cacher aux néophytes qu’ils étaient des aléas d'une telle entreprise, sans les décourager non plus. Mais ils n'écoutaient déjà que le "possible", pour ne pas entendre le "compliqué"…

Coup de cœur à Cabrières

Un mois plus tard, ils commençaient, à moto, la visite de plusieurs terroirs du Languedoc. Au mois de juin 2009, Véronique Attard découvrait ses parcelles actuelles, à Cabrières. Coup de cœur immédiat pour ces deux petits hectares de vignes, en conversion bio depuis un an. En octobre, enfin, ils prenaient possession des terres, déjà riches d'une histoire ancienne et dont quelques constructions – deux vieux puits, un mazet en ruines – sont encore les témoins.

Vive l'autonomie !

En 2011, le Mas Coris trouvait son autonomie en prenant ses quartiers dans une vieille bâtisse en pierres, au centre de Cabrières. Travaux de rénovation, installation des cuves et des barriques, l'année voyait aussi une autre parcelle rejoindre le domaine, tandis que la plantation de plus de 2.200 pieds ouvrait la perspective d'une production de vin blanc. Trois ans plus tard, alors que ce premier blanc était enfin mis en bouteilles, une parcelle de clairette complétait notre vignoble.

Tel est donc le chemin parcouru à grands pas, ou plutôt à marche forcée, depuis la rédaction de l'audit demandé à Natoli and Coe et qui, en 2010, fournissait les premières pistes de travail : "améliorer les équilibres des vignes, définir des objectifs à moyen terme, décider des investissements et s'assurer de leur valorisation."

Dans leur tête, tout devenait clair et l'objectif - créer une gamme de trois couleurs, avec des produits bio de qualité et bien valorisés – leur semblait à portée de main.

Le Mas Coris s'agrandit encore

Pourtant, malgré les embûches de toutes sortes, la belle histoire ne s'est pas arrêtée là. L'accueil réservé à leur cuvées et un début de notoriété allaient, si besoin était, redonner du tonus à leur motivation. En 2015, deux autres parcelles (un grenache et un cinsault) entraient dans le périmètre du Mas Coris et entamaient leur conversion bio. Avec cette nouvelle surface (de 1,2 ha au total),  de nouvelles perspectives de production s'ouvraient...

Pourtant, et c'était programmé dès son achat, ce nouveau cinsault dut être arraché en décembre 2016. Trop de manquants, trop peu de raisins, bref, une vigne en fin de vie... Avant cela, cette parcelle fournit ses dernières grappes qui, mélangées à celles du grenache "d'en face", donnèrent une cuvée spéciale baptisée "Les Frangins". Résultat : un peu plus de 1.300 cols fournis en exclusivité à un nouveau restaurant de Montpellier.